ACTEURS A GAUCHE EN BIGORRE (AGB) est la publication externe du Mouvement des Jeunes socialistes des Hautes-Pyrénées. Elle est diffusée auprès des membres du parti socialiste, de nos camarades des autres fédérations et à l'occasion des manifestions publiques que nous organisons. C'est une tribune libre dans laquelle chaque militant du MJS 65 peut s'exprimer. AGB paraît environ tous les deux mois.

 

 

 

Sommaires des numéros parus


n° 1 - janvier 1999

Editorial - L. Lages

Bouge de là ! - F. Martinez

Vigilance - S. Saint-Martin

Rubriquabrac


n° 2 - mars 1999 - SPECIAL EUROPE

Editorial. L'Europe ou le conflit des passions - L. Lages

Les grandes étapes de la construction européenne

Vers une Europe citoyenne. Les orientations du MJS

L'Europe rose


n° 3 - mai-juin 1999

Editorial. Séguin : victime de campagne ? - L. Lages

CMU : la Sécu pour tous- S. Saint-Martin

Bilan d'activité - Revue de presse

Au fait, qu'en avez-vous pensé, Pierre Forgues ?

 


n° 4 - juillet-août 1999

Editorial. Frère Jacques, frère Jacques dormez vous... - L. Lages

Un parti des chasseurs ? - Y. Rumeau

Elections européennes : et après ? - C. Naudin

3e voie... de garage - S. Saint-Martin

Lectures - Cinéma


n° 5 - septembre-octobre 1999 - SPECIAL FÊTE DE LA ROSE

Editorial. La volonté de donner du sens - L. Lages

Grandeur et modestie - S. Saint-Martin

Jeunes et politique - C. Naudin

La parité - Stéphanie

Citoyenneté et Justice- R.C.C.


n° 6 - mars 2000 - SPECIAL CONGRES DE TOURS

Editorial. L'autre face de la démocratie - L. Lages

Le Congrès de Tours... du MJS. Prologue - Y. Rumeau

Compte-rendu des délégués - S. Saint-Martin

Pour un nouveau contrat social - Stéphanie

 


n° 7 - mai - juin 2000

Editorial. Remanier pour mieux réformer - S. Saint-Martin

L'impôt au coeur des débats - L. Lages

Quel avenir pour l'Education - C. Naudin

Agissons ensemble pour l'Egalité - Campagne nationale

Le pic du Midi... inaccessible rêve ? - Y. Rumeau

Lectures


n° 8 - septembre-octobre 2000

Editorial. On croît rêver - S. Saint-Martin

La démocratie sociale...- S. Saint-Martin

 

 

 

 

Certains articles seront bientôt disponibles sur ce site.

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"Vigilance "

Une guerre larvée perdurait depuis quelques mois déjà au sein du Front National ; soudain, elle a dégénéré. Désormais, Lepénistes et Mégrétistes se livrent une lutte à mort. Mégret a donné le premier assaut. En effet, Le Pen dirigera la liste FN pour les prochaines élections européennes et Mégret ne peut supporter sa position de numéro 2 plus longtemps. "Naboléon" (Mégret est un admirateur de Bonaparte) veut devenir le chef ; il va alors tenter un coup de force (même s'il est en avance pour fêter les 200 ans du coup de Brumaire...) :

- Le 5 décembre, lors du Conseil national, Le Pen est conspué tandis que deux proches de Mégret suspendus quelques jours plus tôt sont acclamés : c'est le "pu-putch" que dénoncera le leader frontiste.

-Le 7 décembre, Serge Martinez, membre du Bureau politique, demande la réunion d'un congrès extraordinaire ; il est aussitôt suspendu.

- Le 9 décembre, Bruno Mégret en Personne exige la convocation d'un Congrès ; le Pen le suspend deux jours plus tard avec quatre autres "félons".

Les jours passent et les combats se multiplient : purges (33 secrétaires départementaux limogés), Bureau politique "démégrétisé", injures, menaces, procès... Pour couronner le tout, Mégret et ses sbires ont organisé à Marignane les 24 et 25 janvier leur Congrès : ce spectacle grand-guignolesque a officialisé la rupture avec le "canal historique" en lançant le Front National - Mouvement national et sûrement une liste pour les prochaines européennes.

Bref, c'est la guerre totale chez les fachos, on ne va pas s'en plaindre ; mais cela sera-t-il suffisant pour que l'extrême droite recule durablement ?

Pour beaucoup, il n'y a pas de doutes : le FN vient de nous révéler sa vraie nature et donc les électeurs du Front, outrés, vont se détourner de ce parti aux relents fascistes pour qui ils avaient régulièrement voté, mais " à l'insu de leur plein gré ". Qui pouvait ignorer le caractère raciste (des dirigeants) du Front national ? Personne ! Pas la justice du moins : elle a condamné à plusieurs reprises les dirigeants frontistes (pour antisémitisme, révisionnisme, racisme...) et surtout certains militants (pour homicide dont le caractère raciste ne fait guère de doute). Qu'on se le dise, les électeurs du Front National votent en connaissance de cause, et c'est là le drame. En effet, la prégnance des idées véhiculées par le FN (xénophobie, homophobie... toutes les formes d'intolérance et de discrimination) est incontestable ; et cela durera tant que les problèmes de société les plus importants (chômage, exclusion, insécurité, extrême pauvreté...) n'auront pas été résolus. L'explosion du FN va en revanche changer la donne politique : à droite, la tentation de profiter de la cacophonie fasciste pour pactiser avec l'extrême droite en douce risque d'être forte. L'hypothèse de la constitution d'une "sainte" alliance Pasqua - Villiers - Mégret n'est pas à exclure ; Million est prêt à loger chez lui les mégrétistes exclus. Et Sarkosy se dévoue pour accueillir les militants déçus du FN. Mais c'est surtout à l'échelle locale qu'il faut s'inquiéter : les éventuelles liaisons (dangereuses) droite / extrême droite risqueraient de menacer les présidences de nombreux Conseils Généraux et Régionaux.

Le pire n'est jamais certain. Mais le programme proposé (imposé ?) n'a rien de bien réjouissant. C'est pourquoi toute la Gauche se doit d'être encore plus vigilante.

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Couverture Maladie Universelle : la Sécu pour tous !

Plus de 20 % de la population française renonce à des soins par manque d'argent. Et 9 millions et demi de personnes n'ont ni mutuelle ni assurance maladie complémentaire.

Le constat est affligeant. C'est une situation qui ne pouvait être tolérée plus longtemps surtout lorsqu'on appartient à une majorité de gauche (fût-elle plurielle) et qu'on croit aux vertus de la volonté en politique. Il restait au Gouvernement à passer aux actes ; c'est chose faite.

Promise par Lionel Jospin lors de la campagne législative de 1997, la Couverture maladie universelle (CMU) sera vraisemblablement mise en place à partir du premier janvier 2000 ; dorénavant, tous les résidents sur le territoire français ayant un revenu inférieur à 3500 francs par lois (soit plus de six millions de personnes) bénéficieront de la couverture de base et (surtout) d'une couverture complémentaire avec tiers payant intégral (les patients n'auront plus à avancer les frais de santé).

De gauche, cette initiative soutenue par Martine Aubry l'est assurément. En effet, le projet de loi vise à assurer à tous l'accès à des soins élémentaires (dents, optique...), mais qui pour beaucoup relèvent du luxe. Il s'agit donc d'une avancée considérable (au même titre que l'instauration du RMI ou du vote de la loi contre les exclusions) dans la longue marche vers l'égalité et la justice sociale. Loin d'être une mesure d'assistanat, la CMU est la concrétisation de l'existence de droits sociaux fondamentaux : le droit à la santé en est un. Mais surtout elle reconnaît le droit de chacun à vivre en toute dignité.

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3e voie... de garage

" Le clivage gauche / droite n'a pas de réalité ; il est dépassé, etc. " Ce refrain, venant d'une partie de la droite ou des extrêmes, on le connaît depuis (trop) longtemps. Si ce discours peut s'avérer payant électoralement, il est sans fondement réel ; la différence entre la gauche et la droite se cultive au quotidien aussi bien dans les programmes électoraux que dans l'exercice du pouvoir. Malgré tout, la volonté de dépasser ce clivage persiste et paradoxe elle s'affiche ostensiblement au sein même de la "gauche".

3ème voie, Neu Mitte (nouveau centre)... Derrière ces appellations fourre-tout et vides de sens se cache l'abandon pur et simple de l'idéal socialiste. La 3ème voie qu'ambitionne de développer Tony Blair est un modèle situé à mi-chemin entre Etat-Providence et libéralisme : c'est l'acceptation des règles du marché assortie Diên traitement sporadique pour en limiter les effets les plus néfastes ; à cette fin, le rôle de l'Etat dans l'économie et la société doit être redéfini : l'Etat doit veiller à réduire les éléments de rigidité pour permettre au marché d'agir plus efficacement.

Ce qui signifie flexibilité accrue, réduction des charges fiscales pesant sur les entreprises, baisse des dépenses publiques

Le manifeste pour une Europe flexible et libérale co-signé par Blair et Schröder à la veille du scrutin européen est très clair sur le sujet, à défaut d'être socialiste. Car il s'agit ici de bien plus que d'une conversion au marché ; c'est un renoncement à tout ce qui a fait les valeurs du socialisme (égalité, justice et conquêtes sociales, solidarité et mise de l'économie au service des hommes et des femmes).

L'émergence de cette 3ème voie est souvent justifiée par le phénomène de mondialisation qui implique de la part des décideurs pragmatisme et adaptation rapide à un monde en évolution permanente. Pour autant, il est impensable que l'on puisse renoncer à tout volontarisme politique et à la nécessité de l'action, publique sur la société.

A cet égard, la voie tracées par Blair et Schröder pourrait mener tout droit à une impasse ; Impasse politique dans la mesure où les citoyens attendent plus des politiques en matière d'emploi de social, d'environnement, de droit... L'impasse est aussi idéologique : si " les idées de gauche ne doivent pas être des camisoles de force idéologiques " (Blair et Schröder) elles ne doivent pas non plus être mises à nu au nom du réalisme.

Dans ce contexte, le score satisfaisant de François Hollande (comparé au fiasco de la gauche allemande et britannique) aux Européennes doit conforter le gouvernement de Lionel Jospin dans son cheminement pour construire une société plus juste : une société portée par les idéaux de la gauche.

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Un parti des chasseurs ? 05/07/1999.

Fort de ses 1,2 millions de voix aux élections européennes et de ses six députés au Parlement de Strasbourg, Monsieur Saint-Josse s'affaire à la création d'un véritable parti politique qui continuerai l'action entreprise depuis une dizaine d'années par le mouvement Chasse, pêche, nature et traditions. S'agit-il d'un accès de mégalomanie de la part du maire de Coarraze (64), une aventure personnelle sans lendemain, ou bien de la deuxième étape d'un projet visant à fédérer ceux qui, dans les campagnes, se considèrent comme les laissés pour compte d'une certaine forme de développement. Malheureusement, la deuxième éventualité semble la plus probable. En cas de succès, elle ne serait pas sans conséquences sur la vie politique du Sud-Ouest et des Hautes-Pyrénées en particulier.

Le 13 juin, cette liste a recueilli près de 12,65 % des suffrages haut-pyrénéens et s'est hissée au deuxième rang des listes en présence. En soi c'est déjà inquiétant. Par rapport aux élections de 1994, la liste CPNT a doublé le nombre de ses électeurs, et le taux d'abstention élevé a suffi à gonfler le pourcentage. Mais l'examen des résultats par communes se révèle encore plus préoccupant. Dans de nombreux villages, cette liste a rassemblé près de la moitié des électeurs. Sans parler du résultat de Trouley-Labarthe où, par petit patriotisme, les électeurs ont finalement voté pour Madame le Maire et ses colistiers à 89 %.

La liste CPNT a fédéré un certain électorat contestataire, de gauche comme de droite. Il est même vraisemblable, que certains de nos adhérents, dans le secret de l'isoloir, aient aussi fait ce choix. Ils ont pu considérer, pêle-mêle, que les élections européennes, par leur mode de scrutin, permettaient ce genre d'écart, qu'ils pouvaient ainsi exprimer une certaine défiance à l'égard de nos partenaires écologistes de la majorité plurielle ou encore affirmer leur identité rurale par opposition à l'appareil dirigeant parisien, perçu comme technocrate, trop européen, éloigné des réalités locales.

Par ses proportions extraordinaires, ce vote aura des conséquences qu'on ne peut ignorer et qui nous imposent de réagir dès maintenant.

&emdash; Il constitue d'abord un désaveu de notre politique en matière d'aménagement du territoire, de gestion des ressources naturelles, d'environnement et de développement rural. Si nous devons le prendre en compte, nous devons surtout réaffirmer les objectifs qui sont les nôtres, justifier les moyens que nous utilisons pour les atteindre et mettre en avant nos résultats. Avec nos élus locaux et régionaux nous devons convaincre les citoyens du bien-fondé de ces politiques. Et cela sans complaisance à l'égard de ceux qui les combattent.

&emdash; Il nous impose ensuite de régler le problème de la chasse. Pour cela, travaillons en concertation avec les représentants institutionnels des chasseurs (fédérations départementales et associations catégorielles) à l'élaboration d'une loi cadre comparable à celle votée pour la pêche en 1992. Évitons que certains ne fassent un enjeu politique de ce qui doit demeurer un loisir. Au risque, sinon, de voir demain les cyclotouristes se faire élire au Parlement pour interdire les voitures sur les routes qu'ils empruntent en montagne comme en plaine. Un parti catégoriel ou corporatiste est contraire à l'esprit de notre vie démocratique qui consiste à oeuvrer dans l'intérêt général et non pour telle ou telle fraction du corps social.

&emdash; Enfin, ce vote nous a rappelé l'importance du travail de terrain. Faire campagne, expliquer et convaincre partout et tout le temps. L'une des forces du mouvement CPNT a été de fédérer au delà des chasseurs et de leurs familles. Les enquêtes des journalistes depuis trois semaines nous apportent l'image d'un mouvement qui s'était donné les moyens d'encadrer le territoire. Pas un canton, pas une commune sans un délégué actif faisant campagne et recueillant des fonds. Au demeurant une belle leçon de militantisme pour les partis traditionnels. Et une source légitime d'inquiétude, si ce parti voit le jour, pour les prochains rendez-vous électoraux. Autour de quelques idées fortes et de revendications catégorielles, il est susceptible de réunir tout ce que les campagnes comptent de contestataires en les entretenant dans l'idée que le maintient des structures traditionnelles est garant de leur bien-être. Or la société a évolué, et si la chasse, la fabrication des eaux de vie et des fromages au lait cru dans des cabanes d'altitude sont des facteurs identitaires ils ne sauraient être considérés comme plus importants que la transformation sociale à laquelle nous aspirons.

Derrière les municipales de 2001, il y a des élections sénatoriales (2001), des élections cantonales (2001 et 2004) et d'autres rendez-vous nationaux. Aussi, le risque est grand si nous laissons ce parti et ses réseaux se développer, de le voir nous empêcher de mettre en oeuvre la politique que nous soutenons. Nombreux sont ceux qui ont fait preuve de complaisance à l'égard du mouvement CPNT et de ses sympathisants. Certains l'on fait naïvement, d'autres par calcul qui espéraient ainsi contre-balancer un bon résultat des écologistes ou affaiblir encore plus la droite. Désormais il nous faut compter avec ce mouvement que nous avons laissé émerger, dont la philosophie générale conservatrice et sectorielle nous est étrangère, et qui pas plus qu'un autre n'a vocation à incarner la ruralité ou nos multiples identités régionales.

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Le Congrès de Tours... du MJS. Prologue

Pour la quatrième fois depuis son autonomie à l'égard du PS en 1993, le Mouvement des Jeunes Socialistes a tenu son congrès national. Réunis à Tours les 17, 18 et 19 décembre, près de de 600 délégués de toutes les fédérations ont fait le bilan des actions menées par l'équipe d'Hugues Nancy et ont débattu de l'orientation, des perspectives politiques et des actions futures. Un congrès des socialistes dans la ville de Tours ? D'incorrigibles Cassandre prédisaient une nouvelle scissionÉ Au contraire, notre mouvement est sorti renforcé de ce congrès, plus cohérent, enrichi par ce nouvel exercice de démocratie interne. Gwenegan Bui, élu président pour deux ans, doit désormais poursuivre l'oeuvre entamée.

Retour sur un automne de débats

La procédure de congrès s'est ouverte au mois de septembre avec l'invitation, faite à tous les militants, à réfléchir sur un texte d'orientation proposant un nouveau contrat social. Dans les fédérations, chacun a pu discuter du contenu de ce texte, proposer des amendements le modifiant ou le complétant. A l'occasion d'un conseil national (fin octobre), tous ces apports ont été synthétisés et une nouvelle version a été rédigée dans laquelle ses auteurs répètent leur attachement au principe d'autonomie à l'égard du PS et proposent un projet d'ensemble qui combine réalisme et ambition.

Pour la première fois cependant, certains militants, en désaccord profond avec le texte proposé, ont souhaité manifester clairement leur désir d'une orientation différente. C'est ainsi que deux textes supplémentaires ont été soumis au vote des militants. La Gauche Socialiste, dans un texte intitulé Ruptures, a réaffirmé son alignement sur les positions de Julien Dray et de ses camaradesÉ au PS. Plus que tout, il s'agit de récuser l'action de l'équipe sortante ainsi que la politique du gouvernement de L. Jospin. L'autre texte, rédigé par le groupe Pluriel, proche de J.-C. Cambadélis, propose qu'Ensemble, nous inventions le possible.

Au sein de la fédération des Hautes-Pyrénées, nous avons examiné ces textes à l'occasion d'une assemblée générale de débat organisée le 27 novembre. Réunion conviviale à laquelle ont participé des camarades venus des fédérations voisines (Pyrénées-Atlantiques et Haute-Garonne) pour défendre les positions de la GS et de Pluriel et essayer de convaincre. Un débat de fond qui a satisfait tous les participants et qui a permis à chacun de se préparer aux choix qui engagent notre mouvement pour deux années.

L'heure du vote

Le vote a eu lieu dans la quinzaine qui a suivi. A l'occasion de ce scrutin notre fédération a manifesté son soutien à l'équipe sortante et son désir d'agir pour un nouveau contrat social. Le texte de la GS n'obtenu aucun suffrage et celui présenté par Pluriel 10 % des voix. Ainsi, Stéphanie Abbadie et Sébastien Saint Martin, représentants du texte A, on été désignés délégués et ont représenté les jeunes socialistes haut-pyrénéens aux débats tourangeaux.[Y. R.]

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Compte rendu du IVe congrès du MJS

Vendredi 17 à 16h30 A 12h30, après plus de 6 heures de route et de pluie, nous sommes arrivés à Tours, ville ô combien symbolique pour les socialistes. Le MJS 65 a commencé son Congrès avant tout le monde par un acte fort qui aurait plu à José BOVE : nous n'avons pas voulu manger au Mac Do. La suite a été beaucoup plus calme. Après l'accueil au Centre des Congrès de Tours, nous avons patiemment attendu l'ouverture du congrès qui a eu lieu vers 15h de manière classique: discours de bienvenue de l'animateur fédéral local, du 1er secrétaire fédéral, et enfin de notre président, Hugues Nancy. La réunion sur les statuts allait pouvoir enfin commencer. Hé bien, non! Il a été organisé à la demande des minorités une de réunion de motion. Bien sûr comme nous sommes venus à Tours pour défendre le texte A, nous avons assisté à la réunion de la motion A

Vendredi 17 à 21h30 La réunion de motion terminée vers 18h30, nous enchaînons avec le débat sur les statuts qui, nous assure-t-on, sera rapide. Dont acte. En tout cas, les choses sérieuses vont commencer, et ça ne s'est pas fait attendre. Le débat le plus vif concernait le mode de scrutin pour l'élection de toutes les instances de notre organisation. La majorité voulait conserver le mode actuel, scrutin de liste majoritaire à un tour (scrutin de type municipal) qui permet de dégager une majorité politique claire et solide. Les courants minoritaires voulaient instaurer la proportionnelle, considérant les élections actuelles sont antidémocratiques et nous traitant au passage de staliniens (ce qui est bien connu). On passe au vote et la proposition de passage au scrutin à la proportionnelle est rejetée à une large majorité. Mais, on nous demande de procéder au vote, parce qu'il y aurait eu des erreurs de comptage. Refus de la majorité. Conséquence, Pluriel et la Gauche socialiste hurlent " DÉMOCRATIE ! DÉMOCRATIE! ". En bons staliniens, on procède à un nouveau vote pour que la comédie cesse enfin; le résultat est le même et incontestable. Mais, voilà comment on passe trois quarts d'heures sur un amendement et comment on pourrit un débat. Il est 21h 30 ; les modifications statutaires sont loin d'être achevées et on a déjà plus d'une demi-journée de retard sur le programme initial.

Vendredi 17 à 23h30 Nous avons été invités à un buffet à la mairie de Tours (un très beau monument), mais manque de chance, quelques affamés se sont mis autour des tables et se sont servis sans se soucier ni du discours du maire ni de personne. Au total, on a du aller manger en ville. De retour à 22h30 au Centre des Congrès, on nous donne les résultats nationaux des élections. Plus de 5000 inscrits pour 4200 votants. Le texte A, " Agir pour un nouveau contrat social " obtient 64,5% des voix, le texte B, " Ensemble inventons le possible ", 9,5%, et le texte C " Ruptures " 26%. Un intervenant de chaque texte prend la parole: bien sûr, pour le texte A, on se félicite du résultat. Le texte B mauvais perdant nous traite de tricheurs. Quant au texte C, il se satisfait de son score. La première journée de ce congrès est terminée. Il était temps. Maintenant en route pour l'auberge de jeunesse où l'on doit passer la nuit.

Samedi 18 à 15h. Finalement, la nuit ne s'est pas passée comme prévue. Après avoir passé presque une heure pour trouver l'auberge de jeunesse, notre surprise fut grande, une fois à l'intérieur. Des conditions de logement " proches de la Roumanie " : locaux plutôt vétustes, chambres (le terme de dortoir serait plus approprié) pas très clean, chauffage en option et l'eau chaude pour ceux qui se sont levés avant 6 heures du matin. Seule consolation, un petit déjeuner convenable. Les 200 délégués (tous de la motion A) sur les 600 n'étaient pas vraiment satisfaits, mais on n'a pas fait de scandale du moment qu'on repassait pas une autre nuit à l'auberge de jeunesse. Après ces péripéties les débats statutaires pouvaient reprendre dans le calme et au final les statuts de du MJS n'ont pas été bouleversés.

Samedi 18 à 20h Après les statuts, les débats sur les motions ont pu démarrer. Ce qui devait occuper l'essentiel du temps de notre Congrès aura été plutôt rapide. Mais les échanges auront été vifs, ça en consolera certains. Il faut dire que l'attitude de Pluriel n'a aucunement contribué à apaiser le climat avec la distribution de leur journal où s'enchaînaient les dénonciations de " tricheries " lors de la procédure de Congrès (les tricheurs appartenant tous à Nouvelle Gauche, cela allait de soi) . Revenons en aux débats. Tout le monde pouvait s'exprimer sur les textes soit pour critiquer, soit pour justifier certaines positions. Comme nous l'a dit à un moment notre délégué régional, Alain Rouquier, " ça chauffe ! ". Et, effectivement ça a chauffé. Notamment sur la question de savoir si on devait être marxiste ou pas, sur la rupture avec le capitalisme (la Gauche socialiste la veut mais ne dit pas comment on fait, et c'est dommage), sur le caractère de catalogue de mesures du texte A, sur la question des quartiers...

Ensuite, il y a eu une réunion de motion pour faire le point et annoncer la liste des membres de la majorité qui feraient partie du BN (et dans la liste, il y avait un certain Laurent Lages). La soirée devait se poursuivre par le bilan d'activité et le vote du futur plan d'action national un débat sur les résolutions.

Samedi 18 à 23h Les débats sont enfin tous terminés. Le bilan d'activité et le nouveau plan d'action n'ont pas posé de problèmes et ont été vite expédiés. Le débat sur les résolutions a été plus long et plus intéressant dans la mesure où il s'agissait à prendre des positions, notamment vis à vis de l'extérieur, sur certains sujets. Les questions les plus importantes portaient sur :

- la politique d'immigration du gouvernement qui ne nous satisfait ;

- la Guerre en Tchétchénie dont nous nous "étonnons de la passivité des Occidentaux face aux massacres des populations civiles ;

- la législation sur les toxicomanies dont nous souhaitons qu'elle soit abordée dans une optique de santé publique et non de répression ;

- la parité dont le principe a été adopté par quatre voix d'écart.

Pour clôturer cette deuxième journée, nous avons su qui serait candidat à la présidence du MJS dont l'élection se déroulera dimanche de 10 à12 h. Il s'agissait de Gwénégan Bui pour la motion A et de Samuel Cèbe pour Pluriel. Ensuite, repas, fête et au lit (mais pas à l'auberge de jeunesse).

Dimanche 19 à 15h Le repas et la fête s'étant bien déroulés, nous étions dans les meilleures dispositions pour achever ce Congrès. Après un bref passage dans l'isoloir (d'ailleurs il n'y en avait pas) pour désigner notre président pour les deux prochaines années, nous avons rejoint la salle des débats où étaient conviés à la tribune les responsables des organisations de jeunesse de gauche de toute l'Europe, ainsi que quelques invités de la jeune Gauche (jeunes communistes, écolos, de la CGT, de la CFDT, de l'UNEF-ID, de la JOC...). Suivit la proclamation des résultats. Gwénégan Bui se voyait élu 4ème Président du MJS avec quelques 85% des voix et encore plus d'applaudissements. Pour fêter ça, on a eu droit non pas à un, mais à deux discours (celui de Gwénégan et celui de François Hollande ) qui mettaient un terme à ce 4ème Congrès du MJS. Épuisant, mais formateur.

 

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Remanier pour mieux réformer ?

Impensable il y a quelques semaines encore, le remaniement gouvernemental (et les mouvements sociaux qui en ont été à l'origine) a ébranlé près de trois ans de certitudes quant à la capacité de la gauche à réformer. En juin 1997, le Gouvernement et la majorité de la Gauche plurielle étaient attendus sur le front de la lutte contre le chômage et du retour à la croissance. Ils n'ont pas déçus. Au contraire, par les emplois-jeunes, les 35 heures, le soutien à la croissance, etc, Lionel Jospin et son équipe ont prouvé que l'on n'avait pas tout essayé contre le chômage. De plus, une série de mesures (loi contre les exclusions, CMU...) a permis des avancées sociales intéressantes. Pourtant, une partie du pays gronde, le peuple de gauche s'impatiente, les incompréhensions se multiplient, ... et, plus grave, les réformes ne passent pas. Sur ce dernier point, les excuses ne manquent pas(lamentable conservatisme de la droite sur la limitation du cumul des mandats et la réforme de la justice ; corporatisme d'une partie du syndicalisme enseignant sur la rénovation du système éducatif ; maladresses sur la réforme de Bercy...) mais les faits sont là et têtus. Le socialisme a historiquement pris le parti du mouvement et voulu incarné la réforme. La réforme pour plus d'égalité et de justice sociale. Aujourd'hui plus que jamais, elle s'impose (à l'école, dans les services publics, en matière fiscale...) parce que le seul retour à la croissance ne suffira pas à résorber la fracture sociale. Au cúur du pacte républicain conclu entre Lionel JOSPIN et la nation en juin 1997, cet engagement moral devait s'inscrire jusqu'au terme de la législature, 2002.

2002 ? C'est encore loin. Se limiter jusqu'à cette échéance à une simple gestion des affaires courantes serait ce qui pourrait arriver de pire pour l'actuelle majorité. Les Français attendent beaucoup de la Gauche plurielle, seule capable de moderniser la société et d'assurer le progrès social (ce n'est pas la droite qui le fera). Le nouveau gouvernement doit poursuivre les réformes. Il en a les moyens. Et les Jeunes Socialistes le soutiendront toujours dans cette démarche.

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Le pic du Midi... inaccessible rêve ?

Gageons que Lionel Jospin saura apprécier les travaux de réhabilitation du Pic de Midi de Bigorre et de son observatoire. Belle réalisation sans doute, mais dont on se demande si elle pourra être aussi populaire qu'on l'aurait souhaité. Les tarifs annoncés (au delà de cent trente francs par personne) font craindre une sélection drastique du public admis à visiter ces lieux. Par ailleurs, l'expérience montre que les tarifs des sites touristiques au moment de leur inauguration sont souvent des prix d'appel, réévalués au terme de la première saison. Que fera la Sodexho ? Quelle est la position du Syndicat mixte d'aménagement ? Celle du Conseil général ?

Qui donc visitera ces lieux ? On peut craindre qu'à moins de véritables sacrifices peu de familles modestes emmèneront leurs enfants « plus près des étoiles ». En outre, comment ne pas s'interroger sur les effets réels de cette nouvelle offre dans l'économie du tourisme haut-pyrénéen. Le budget des familles n'est pas extensible. La visite du Pic représentera l'équivalent de la visite de trois ou quatre sites « traditionnels » ou de deux animations. Il faudra bien choisir ! Enfin, en l'absence d'une véritable politique de réseau et d'une promotion équilibrée de l'ensemble des sites de la plaine comme de la montagne on ne voit pas encore comment le public, venu spécialement pour le Pic, sera orienté vers les autres sites du département. [Y. R.]

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Lectures

Annie Brives, Pyrénées sans frontière, Pau, Caïrn éditions, 2000, 224 pages, 130 francs.

Les éditions du Caïrn rééditent dans leur collection « Lieux de mémoire » l'ouvrage d'Annie Brives consacré aux relations entre Barégeois et Aragonais deux siècles durant. Ce livre, tiré d'une thèse d'histoire remarquée, est une contribution exceptionnelle à l'histoire des Pyrénées. Il montre les relations privilégiées entretenues par les habitants de deux vallées en dépit d'obstacles naturels bien réels. C'est aussi, comme le souligne très justement Patrice de Bellefon dans sa préface, « une mise en perspective du pays de Mont-Perdu [ce massif que l'Unesco a classé sur la liste du Patrimoine mondial de l'Humanité en 1997] au dessus de l'uniformité d'un horizon factice ». Tous ceux qu'intéressent l'histoire de Pyrénées liront avec plaisir ce texte bien écrit et chacun y trouvera l'illustration de la solidarité à laquelle nous aspirons.

Marc Abélès, Un ethnologue à l'assemblée, Paris, Odile Jacob, 1999, 283 pages,150 francs.

Ou comment l'étude des Kikouyou Kenyan conduit un directeur de laboratoire du CNRS à arpenter les couloirs de l'Assemblée nationale pour répondre à deux questions essentielles : que font réellement nos députés ? comment fabrique-t-on une loi ?

Marc Abélès est ethnologue et spécialiste de l'étude de la fonction politique de représentation. Il a passé près d'un an immergé dans la vie du Parlement. Son objectif ? En comprendre le mode de fonctionnent et retrouver les lois non-écrites qui régissent les relations entre les membres de ce qu'il appelle « le petit monde bourbonien ». Le résultat est un ouvrage plein d'humour et d'une implacable rigueur scientifique. On y découvre un portrait attachant mais sans concession des parlementaires ainsi qu'une réflexion sur le fonctionnement de l'Assemblée et son indispensable modernisation dans le respect de la tradition de notre République.

Jean Paulhan, Lettre à un jeune partisan, Paris, Allia, 2000, 40 francs.

Pour ceux qui auraient oublié qu'un jeune partisan a obligation de penser librement et d'exercer son sens critique... surtout à l'intérieur de son parti. Lumineux et libérateur !

Histoire et mémoire de Léon Blum (1872-1950), Recherche socialiste, n°10, 128 pages, 60 francs.

L'Office universitaire de recherche socialiste (l'OURS) publie dans sa revue les communications faites à l'occasion d'une journée d'étude consacrée à la mémoire de Léon, le camarade et Blum le républicain (P. Guidoni). On lira avec profit le texte de Nicolas Rousselier,"Léon Blum et la réforme de l'Etat (1936-1947)", où l'auteur expose comment le dirigeant de la SFIO souhaitait la fin du conflit entre les organes de discussion et les organes de décision et le renforcement des formes de démocratie directe. Tout aussi intéressante est la réflexion de Fabrice d'Almeida sur "Léon Blum, héros socialiste" qui nous invite à réfléchir sur sa place dans la mémoire des socialistes et du reste de la communauté nationale.

Stimulante, la lecture de ce numéro de Recherche socialiste ne saurait cependant remplacer celle de la biographie écrite par Jean Lacouture et celles des écrits de Blum et notamment ses Discours politiques publiés par l'Imprimerie nationale en 1997. [Y. R.]

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On croit rêver !

La baisse des impôts est dans l'air du temps (du libéralisme triomphant) ; et la France ne pouvait pas passer pour l'archaïque de service. Comme cela s'est fait un peu partout en Europe, le gouvernement Jospin s'est laissé tenté par un plan d'allégement fiscal (concurrence européenne et calcul électoral obligent).

Certes, à dix-huit mois de l'échéance présidentielle, on n'espérait pas la grande réforme fiscale. Néanmoins, on attendait quelques mesures fortes, rappelant clairement l'engagement du Gouvernement en faveur de la justice sociale. Malheureusement, on reste sur notre faim.

Pour la gauche, les impôts ont une double fonction : assurer le financement du Service Public ; redistribuer les revenus et permettre la justice (en demandant un effort plus important aux catégories les plus favorisées). La baisse des impôts n'est donc pas vraiment dans la culture de la gauche.

Mais puisqu'on doit en passer par là, essayons d'être juste et d'en faire profiter ceux qui ont le plus souffert de la crise et de la rigueur. C'était donc l'occasion de diminuer les taxes qui pesaient de manière équivalente sur tous et de redonner un peu de pouvoir d'achat aux ménages modestes. Par exemple, il aurait été opportun de descendre le taux de TVA, de supprimer la redevance TV, ou d'alléger la note de carburant.

Le détail du plan laisse perplexe. Si certaines mesures, comme la baisse de la CSG sur les bas revenus, sont appréciables, et si on voit bien que le Gouvernement a cherché à soutenir la croissance, le compte n'y est pas vraiment. La baisse de 45 milliards de l'impôt sur le revenu est difficilement acceptable : cet impôt (le plus juste de tous) devrait être le pilier d'une politique fiscale de gauche (le texte de Congrès du MJS ne dit pas autre chose), on décide de le baisser. Sur les deux premières tranches, cela passe encore, mais sur la dernière... On croit rêver !

Justement, il faut arrêter de rêver. Que se passera-t-il quand les salariés ou les chômeurs réclameront un relèvement des salaires (du SMIC en particulier) ou des minima sociaux ? Le Gouvernement ne pourra pas avoir le cÏur trop petit.

La présidentielle, dit-on, se gagne au centre. Jusqu'à un certain point : à trop vouloir manger sur l'électorat de droite, notre base déserte. Une élection se gagne tout autant à partir d'une dynamique et de la consistance d'un programme. Calculer, c'est douter (et montrer que l'on doute) du bien-fondé de son projet et de sa capacité à rassembler. Dès lors, le Père Noël peut bien passer avec ses baisses d'impôts, il ne fait plus rêver grand monde...

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La démocratie sociale de Chirac contre la social-démocratie de Jospin

Le jour de la fête nationale est l'occasion pour le Président de la République de s'exprimer, pour ne rien dire bien souvent. Cette année, l'intervention télévisée revêtait un caractère particulier : il s'agissait de faire oublier la piteuse prestation à propos du quinquennat. Comment s'y est-il pris pour rectifier le tir en ce 14 juillet pluvieux ? Eh bien, c'est très simple : Carton rouge pour Sérillon ! Les journalistes ne sont pas là pour poser des questions embarrassantes ! Plus sérieusement, Chirac a essayé de se montrer sous un jour offensif et un peu plus convaincant qu'à l'habitude. Mission accomplie ? A voir. Sur le quinquennat, il s'est rattrapé. Facile, il a repris l'argumentation de Jospin : le quinquennat donne une meilleure respiration à nos institutions et à notre vie démocratique. Sur la Mairie de Paris, il ne s'est pas mouillé : " pas d'ingérence dans les affaires municipales, je suis au-dessus de la mêlée " (...et en plein dans les magouilles ! Mais ça, il paraît qu'on n'a pas le droit de le dire, alors chut...). Pour 2002, il a affirmé qu'il n'était pas question pour lui de modifier le calendrier électoral (législatives puis présidentielles) ; mais comme il l'a déjà fait avec la dissolution et le quinquennat, on peut penser qu'il changera d'avis sous peu...

Mais l'essentiel n'était pas là. Comme l'a noté François Hollande, Jacques Chirac a dévoilé ce que seront ses thèmes de campagne pour la présidentielle de 2002. Il nous a d'abord gratifié de son couplet sur la "fracture sociale" qui ne ferait que s'accroître (au fait, en 1995, il n'avait pas été élu pour la réduire ?). Son constat n'est pas foncièrement faux ; mais il apparaît pour le moins paradoxal qu'il se plaigne de la stagnation des salaires (d'une rémunération insuffisante du travail) alors que dans le même temps il prône la généralisation des stock-options, les fonds de pension, c'est à dire une meilleure rémunération du capital qui se fait (mécaniquement) au détriment de la rétribution du... travail (CQFD !). Ensuite, il a dressé les quelques pistes qu'il tentera d'exploiter pendant la prochaine présidentielle. Son leitmotiv, l'instauration d'une "démocratie sociale et moderne".

Pour ce qui est de sa vision pour la démocratie de demain, il souhaite rapprocher le centre de décision des citoyens (très bien !) en les consultant plus souvent (pourquoi pas ? Même si le recours au référendum n'est pas de nature à susciter un débat clair et serein : c'est oui ou c'est non ! C'est à prendre tel quel ou à laisser !) et en approfondissant la décentralisation (plutôt d'accord). Mais derrière ce désir de mettre en place une réelle démocratie de proximité se dessine le démantèlement de l'Etat-providence. En effet, en appelant à la réduction des déficits et surtout des dépenses publiques (c'est sa conception de la modernité), Chirac veut réduire les fonctions de l'Etat au strict minimum; et le thème de la décentralisation peut être un moyen habile pour y parvenir. Donner plus de pouvoirs aux collectivités locales, (presque) tout le monde est d'accord. Mais à la condition que les (importants) transferts de compétences se traduisent par les transferts financiers ou fiscaux équivalents. Or, cela peut aussi être l'occasion pour l'Etat de se désengager de certains domaines : il transfère les compétences, mais pas les moyens de financements. Ainsi, on fait coup double : on diminue les dépenses de l'Etat et on se déresponsabilise au profit des collectivités locales qui devront se démerder pour financer leurs responsabilités nouvelles. Ce scénario poserait de nombreux problèmes. D'une part, seules les collectivités locales les plus riches pourraient assumer pleinement le financement des compétences nouvellement attribuées (police, éducation, social...). Les disparités territoriales ne feraient donc que s'accroître (sans parler des risques de "dumping" fiscal). D'autre part, les prestations fournies aux populations pourraient varier fortement d'une collectivité locale à l'autre selon la sensibilité politique et les priorités des différentes assemblées locales ; l'égalité d'accès des citoyens à tous les services publics devenus locaux ne serait plus du tout garantie. Et ce d'autant plus que certains responsables ou barons locaux de droite pourraient se faire un petit plaisir en taillant dans des dépenses qu'ils jugent improductives, car ne servant qu'à entretenir la logique de l'assistance (ces discours si souvent entendus de la part les chantres du libéralisme pourraient trouver ici leur aboutissement). Nous sommes là dans un futur hypothétique, mais la volonté du Président de réduire l'Etat à ses fonctions régaliennes est manifeste, même si son concept de "démocratie sociale" est suffisamment "vague" pour prêter à confusion.

Au cours de son intervention, il s'est félicité de l'accord Medef-CFDT-CFTC sur la nouvelle convention UNEDIC (entre temps, le Gouvernement l'a justement cassé). L'occasion était alors belle de prôner l'expérimentation (qui existe déjà dans certains domaines) et surtout (le mot est lâché) la contractualisation. La réglementation ne doit être plus être le fait de la loi, expression de la volonté générale, mais d'un contrat. Cet accord conclu entre les parties intéressées (qui serait le fruit de volontés particulières) est créateur de liens (droits et obligations) individuels (qui traduisent l'état du rapport de forces à un moment donné). Le contrat peut avoir un intérêt certain lorsqu'il est utilisé de manière supplétive à la loi (afin de mieux adapter la législation aux réalités économiques et sociales qui peuvent être fort variables d'une partie du territoire à une autre). En revanche, lorsqu'il veut se substituer à la loi ou l'a contourner, le contrat n'a pas de caractère démocratique (à moins qu'il ne s'agisse de la pseudo démocratie des marchés : 1 action = 1 voix) : les co-contractants ne tiennent pas leur légitimité de l'élection, ils n'ont pas de compte à rendre devant les citoyens ; et donc, les accords conclus ne peuvent en aucun cas avoir force de loi ou bien déroger à celle-ci. Et pourtant, Chirac veut faire du contrat la pierre angulaire de sa "démocratie sociale".

La "démocratie moderne et sociale" version Chirac n'est ni sociale, ni moderne (sauf si on considère que la modernité c'est accepter de démanteler l'Etat Providence), ni même démocratique. Ses discours teintés d'humanisme et de social ne doivent tromper personne. Le programme du Chef de l'Etat est fondamentalement libéral, porteur d'inégalités et d'égoïsmes. Et ce sera à nous, socialistes, de l'attaquer sur les fondements de son programme, de l'obliger à se dévoiler et de démasquer la supercherie.

La réponse de la gauche doit être sans ambiguïté. Parce que le marché ne peut pas tout, l·État n'est pas un simple spectateur, il participe pleinement à la vie économique et sociale de notre pays, il favorise le dialogue social et le débat démocratique, tout en restant le garant de l'intérêt général. Ce rôle de l'Etat dans l'économie de marché correspond à la vision de la social-démocratie ou du socialisme démocratique (chacun utilisera le terme qui lui plaira le plus, mais entre les deux il n'y a pas de différence, sinon historique).

La Gauche Plurielle doit affirmer clairement sa priorité, la justice sociale, puis bâtir un projet de société (en adéquation avec cet objectif essentiel), et ensuite expliquer les réformes qu'elle souhaite mettre en Ïuvre pour y parvenir. A partir de là, le peuple adhère au projet (ou pas). Et s'il y adhère, les engagements pris doivent être respectés, au mieux. Ce contrat là (exprimant une certaine idée de l'intérêt général) cimente les relations entre gouvernés et gouvernants. Ce pacte social et moral lie le responsable politique à ses promesses (qui deviennent par la suite les orientations données par les citoyens) : c'est l'essence de la démocratie. Ainsi, depuis 3 ans, Lionel Jospin a essayé d'honorer le contrat passé avec les Français en 1997. Chirac, lui, dit tout et son contraire, et fait le contraire de ce qu'il dit : c'est l'essence même de la démagogie.

Social-démocratie, démocratie sociale : ces termes semblent très proches ; et pourtant, entre les deux... un gouffre.

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